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Jean-Charles Buffenoir: la tradition en héritage

Si armurier est un métier qui fait encore rêver nombre de jeunes, de plus en plus rares sont ceux qui parviennent a concrétiser ce rêve. Entre artisanat et commerce, passion et raison, retour sur le parcours atypique de Jean-Charles Buffenoir.                                                                                                                                                                Alexandre Bombenger

Le premier contact avec l'objet de sa passion représente souvent un moment primordial et pour l'Alsacien Jean-Charles Buffenoir, ce contact aura eu lieu assez tôt, a la faveur de la première carabine a air comprimé que son père lui offrait pour ses 7 ans. N'étant pas issu d'une famille de chasseurs, c'est en fait avec la pratique du tir sportif au Racing Club de Strasbourg qu'il confirme, a l'adolescence, son intérêt pour le tir et les armes. Air comprimé, puis calibre .22 LR a 50 m, il suit le parcours « habituel » qui mène de l'école de tir aux compétitions départementales. Toute aventure débute néanmoins par une rencontre et dans le cas de Jean-Charles Buffenoir – que rien a priori ne destinait a ce métier - , c'est dans une armurerie locale, au cours d'une conversation apparemment anodine, que se produira le « déclic ». A la « croisée des chemins » en classe de 3eme, il contacte, sur le conseil d'Etienne Cornu, le centre d'enseignement secondaire Léon Mignon de Liège, dont l'armurier mussipontain est un ancien élève. Peu motivé par un cycle d'études général, il saute le pas et s'inscrit donc pour un cursus de trois ans dans cette école fondée en 1897 a l'initiative de l'Union des fabricants d'armes belges. Avec pour objectif en tète la création et l'artisanat plutôt que l'industrie et le commerce, Jean-Charles Buffenoir apprécie particulièrement la quinzaine d'heures hebdomadaires dévolues a la transmission pratique de savoirs (basculage, crosserie, canonnerie, etc.), ainsi que l'apprentissage des aspects les plus artistiques du métier, dont la gravure. S'il vit, en revanche, très bien cette première expatriation (la majorité des élèves étant d'ailleurs d'origine française), il lui arrive toutefois lui aussi de douter régulièrement de sa « vocation », notamment au regard des défections régulières de ses camarades ou encore du nombre réduit de diplômés exerçant a terme le métier qu'il convoite (en moyenne 1 sur 8). Bien décidé a faire partie des « élus »), il obtient son certificat de qualification professionnelle et son certificat de fin d'études professionnelles en 1998 et se met immédiatement en quête d'un employeur lui offrant de mettre en pratique ses premières compétences et d'acquérir une première expérience véritablement professionnelle.

Au plus prés du Graal

C'est naturellement vers la maison strasbourgeoise Sipp qu'il se tourne et auprès de laquelle il fait ses « premières armes » durant environ 18 mois. Pour la plupart des jeunes apprentis, il s'agit la parfois d'un cap difficile a passer, mais pour Jean-Charles Buffenoir, cette courte période sera riche de savoirs et d'enseignements et aura sans aucun doute joué un rôle déterminant dans l'évolution de sa carrière professionnelle. Informé d'une opportunité par le réseau des anciens élèves, il décide de quitte pour la seconde fois l'Alsace, pour « tenter sa chance » dans une ville qui a vu naitre les noms les plus prestigieux du secteur : Londres. Alors qu'un nouveau millénaire s'annonce, il fait le choix de rentrer au service d'une véritable institution britannique, a savoir le « royal gun maker » Holland & Holland. Entrer dans ce monument de la tradition fondé par Harris J. Holland en 1835, c'est un peu comme entrer en religion et bien que le siège ait été transféré a trois reprises depuis (et qu'en 1989, le groupe Chanel en soit devenu le propriétaire), l'immeuble en briques rouges de cinq étages de Harrow Road abrite toujours les atelier. De ce temple de lumière doté de hauts plafonds et de larges baies vitrées – pour faciliter a l'époque le travail de graveurs - , se dégage, sous des relents d'huile chaude, une atmosphère surannée, que finalement seuls les sons émis par les quelques rares machines a commande numérique modernes parviennent a contrarier. Sur le plancher de cette manufacture victorienne – qui ne produit qu'environ 80 pièces par année – patiné par prés de deux siècles d'activité, peu de chose ont changé et lorsque l'on y débute, on se doit d'abord de marcher dans les traces d'Harris Holland. Avant de faire construire ce désormais légendaire bâtiment en 1898, ce dernier aura, en effet, débuté sa carrière auprès de son oncle (qui n'avait pas de descendants) en tant que simple apprenti en 1861 ; Jean-Charles Buffenoir ne déroge pas a cette règle et devient donc « tea boy » au service d'un « maitre ». Préparer et servir le thé, cela constitue ainsi une de ses première taches dans ce nouvel environnement ou règne, malgré l'absence d'uniformes et une certaine ambiance typiquement « club », un strict respect de la hiérarchie. La barrière linguistique se défaisant rapidement, Jean-Charles Buffenoir trouve rapidement ses repères, d'autant que contrairement a la France, il suffit généralement en Grande-Bretagne de persévérer et de montrer sa valeur pour pouvoir prendre « l'ascenseur social en marche », ce qui contribue incontestablement a un surcroit de motivation. Au bout de deux années, Jean-Charles Buffenoir devient donc « finisseur », un poste clé qui ne laisse pas de place a l'erreur ou a l'approximation et qui consiste a contrôler et, le cas échéant, a modifier le travail effectué en amont pal la quarantaine d'intervenants qui auront participé a la création d'une arme fine (lisse dans les ¾ des cas). Réalisée toujours majoritairement a l'ancienne (au doigt, a l'œil et a l'oreille), cette dernière étape avant la livraison au client – qui débourse en moyenne âpres deux ou trois années d'attente entre 60 000 et 110 000 euro pour un modèle « standard » - doit permettre de déceler et de corriger la moindre petite imperfection. Exigeant polyvalence, patience et minutie, chaque arme passe alors environ une centaine d'heures entre ses mains. Il contrôle la « mise au bois » (dont la conformation de la crosse), les bruits a l'ouverture ou a la fermeture, mais aussi l'absence de jours, etc. et reprend tous les détails avant la mise a disposition . Comme d'autres collaborateurs, s'il a pu croiser parfois certains de plus illustres client de son célèbre employeur (dont Madonna, Eric Clapton et, bien entendu, bon nombre de membres de la famille royale d'Angleterre), il reste tenu par une clause de confidentialité qui lui interdit de relater certaines « anecdotes ».

Retour au bercail

Bien que finisseur, il quitte pourtant Holland & Holland en 2006 pour exerces ses talent auprès d'un autre « grand » Britannique, James Purdey & Sons. Dans leurs ateliers plus modernes mais néanmoins tout aussi prestigieux, Jean-Charles Buffenoir va notamment pouvoir travailler sur d'autres mécanismes de légende – dont le fameux Beesley-Purdey a platines – et revenir « a la source » des carabines doubles de chasse, la paternité de la dénomination « Express » étant, en effet, a porter au crédit de James Purdey en 1856 (en référence aux moyens de transport les plus rapides de son époque, les trains « express »). Entre un certain « mal du pays », un besoin de changement d'environnement (Londres peut être un véritable enfer urbain) et un certain désir d'indépendance, il revient finalement sur ses terres natales en 2008, pour se mettre a son compte et selon l'expression consacrée « travailler en chambre ». Avec plein de projets en tète, dont celui a terme de « signer » ses propres armes, il continue ses activités de finisseur en sous-traitance et conjointement planche sur ses premiers prototypes d'express a platines sans compter ses heures. Le rêve de contribuer a raviver la tradition de haute facture française, dont Georges Granger était l'un des derniers gardiens, est toutefois rapidement retardé par les premiers effets de la crise financière (l'armurerie fine étant un secteur atypique de l'industrie du luxe dépendante de grands groupes financiers). Pour y faire face, l'artisan doit se mer en commerçant et, c'est au rez-de- chaussée de sa maison, a Lipsheim, dans le petit village alsacien de son enfance, que son armurerie ouvre ses portes en 2009. Cette reconversion, qu'il ne planifiait pas, va contre toute attente lui ouvrir de nouveaux horizons, humains en particulier, ce qui pour quelqu'un qui a toujours été habitué a travailler dans l'ombre restera sans doute sa meilleure surprise. Ayant passé son permis de chasser sur le tard (de concert avec son père), sa réputation ne tarde néanmoins pas a faire le tour des cercles cynégétiques locaux, voire transfrontalier et le bouche-a-oreille aidant, il est de plus en plus sollicité pour de compétences que peu de ses confrères sont encore capables de proposer. S'il a du, certes, délaisser un peu son atelier au profit de son comptoir et intégrer de nouvelles contraintes (rentabilité et disponibilité pour n'en citer que les deux principales), Jean-Charles Buffenoir n'a pas pour autant abandonné son rêve et, âpres avoir lancé sa propre production de montages et avoir débuté celle d'une « Kipplauf » (carabine monocoup), il lui reste encore de nombreux projets sur son établi.

                                                                                           

SANGLIER Techniques de chasse N° 27,  Juin-Juillet-Aout 2013, page 54-57

http://www.journaux.fr/sanglier-techniques-de-chasse_chasse_famille-loisirs_124330.html